La chapelle de Mallerbach , victime du fanatisme protestant
La chapelle de Mallerbach
L’incendie criminel de la chapelle de Mallerbach, souvent éludé par l’historiographie, constitue un prélude aux crimes protestants envers les édifices catholiques.
Cet oubli s’explique par le fait que la Guerre des Paysans commence officiellement par la révolte de Stuhlingen en juin 1524. En effet, la chapelle de Mallerbach, dans la ville d’Allstedt, en Saxe, fut prise d’assaut et incendiée par les paysans allemands, le jeudi Saint 14 avril 1524.
Ces évènements de nature haineuse s’expliquent certes par des difficultés financières et sociales mais aussi et surtout par la nature protéiforme et outrancière de ce que l’on appelle la Reforme.
Contexte
Luther, le 31 octobre 1517, afficha ses 95 theses dans l’église de Wittenberg. Etudiant à Leipzig puis à Francfort, Müntzer débarque a Wittenberg en 1517 dans cette université , ballotée par les vents luthériens , et se lie d’amitié avec Melenchton , futur bras droit de Luther initialement , et avec Andreas Bodenstein , plus connu sous le nom de Karlstadt.
Müntzer est un personnage singulier : sa lecture des mystiques , de livres sur le Concile de Constance (pour approfondir l’histoire de Jean Hus) et sur les révoltes antiques aboutit chez lui à une tentative d’assimiler l’épée a la Croix , ce qui conduirait à créer un paradis sur terre qui durerait mille ans , berceau des théories dites « millénaristes ».

Prêtre, puis confesseur d’un convent, il finit par devenir prédicateur dans la deuxième plus grande ville de Saxe, Zwickau. Müntzer a un don pour haranguer les foules, et sa verve se transforme en instrument de subversion politique lorsqu’il rencontre le chef d’une des guildes de tisserands mécontents de la ville, Nikolaus Storch, qui nomma son organisation « Les prophètes de Zwickau ». Des communistes comme Friedrich Engels verront dans ce genre d’organisations les précurseurs du combat anticapitaliste et communiste.

Storch, peu lettré et méprisé par Luther, indiquait qu’il avait des visions, et Müntzer y trouva un terreau propice. Müntzer n’avait jamais pleinement épousé la sola scriptura de Luther, et devint un adepte des visions, chose peu étonnante au vu de la complexité de sa personnalité. Ses prêches devenant de plus en plus violents et apocalyptiques, le conseil municipal de Zwickau l’évinça de son poste.
Il se rend ensuite en Bohème, tel un nouveau Jean Hus et radicalise son discours. En Mars 1523, il est nommé a Allstedt en Saxe, Luther en fait son ennemi et prône la tyrannie pour le faire taire. Il qualifiera même Müntzer de « Diable en chair » et de « Satan d’Allstedt » (décidément, il n’y a pas que le Pape !). Müntzer pense que seule une communauté d’élus peut vraiment expérimenter la foi, et notamment par son rejet du baptême des enfants, fait figure d’inspirateur de la théologie anabaptiste.
Müntzer croyait aussi à la messe en langue vernaculaire, et attira à lui un nombre important de fidèles mécontents bravant l’interdiction de la messe allemande par les autorités. En Mars 1524 il regroupera ses protèges et créera la Ligue des Elus. Müntzer décide de qui est élu de Dieu, et chasse ceux qui ne le sont pas de la ville. Luther s’en remet aux princes pour demander une répression.
Et c’est pendant cette période, qu’environ 500 élus, fanatiques et proto-communistes, font serment de se livrer à des activités illégales pour « défendre l’Evangile ».
Histoire de la chapelle
La chapelle de Mallerbach faisait l’objet d’une agressivité constante de Müntzer dans ses sermons, et le pauvre ermite qui la gardait finit par y être chassé. Müntzer nommait cette chapelle « spelunke », c’est-à-dire en allemand, un repaire, et incitait ses fidèles à l’attaquer notamment pour son « adoration des images » (sic) et son culte du démon.
Mallerbach était plus qu’une simple chapelle, elle servait aussi de pèlerinage marial. Ceci explique peut-être donc cela, Müntzer comme tout protestant radical et judaïsant (il se comparait souvent a Elie , Moise -ou bien à Gédéon pour justifier la dimension sociale de son « combat » – parachevant ici la tradition prophético-apocalyptique issue du hussitisme radical) ne supporte pas de voir la Vierge honorée. Il disait que cette chapelle était une « provocation permanente ».
A cause de la violence des prêches, les religieuses de Naundorf, qui la détenaient, avaient par précaution, retiré tout objet de valeur de l’Eglise. Bien leur en a pris : le Jeudi saint 24 Mars 1524, une foule d’Elus prend d’assaut la chapelle et l’incendie.
Il ne s’agit pas d’un acte de fanatisme aveugle mais bien d’une tentative de lancer la Reforme à Allstedt. Une anecdote témoigne de climat anticatholique de la ville : le maire, qui accueillit les plaintes des religieuses , crut d’abord que les religieuses avaient elle-même mis le feu à la chapelle pour incriminer les citoyens d’Allstedt. Müntzer, interrogé par les autorités, déclara que l’Eglise « avait brulé car elle honorait et priait officiellement le démon sous le nom de Marie ».
Plus tard, un élu du nom de Ziliax Kraut fut accuse de l’incendie et mis au pilori dans le château local. Cet épisode précipita Luther , qui voyait qu’il perdait le contrôle de sa révolution , à redoubler d’influence sur les princes pour punir le « Satan d’Allstadt ».
En 2004, des fouilles archéologiques ont retrouve les vestiges de cette chapelle. Il est difficile de savoir quand la chapelle a été construite, mais il semble qu’elle a été reconstruite plusieurs fois au même endroit. De nombreux artefacts ont été retrouvés, prouvant l’existence d’un village. Les recherches ont aussi mis à jour un nombre substantiel de badges de pèlerins, confirmant que la chapelle servait de marial. On y atteste aussi des traces de feu, notamment à l’endroit où était l’autel.

La découverte des ruines de l’Eglise nous permet d’imaginer a quoi elle ressemblait : une chapelle à nef unique, couverte d’une toiture simple, avec un chœur semi-circulaire, d’environ 17 mètres de longueur. La structure date soit du XIIème soit du XIIIème siècle. La chapelle est de style roman. Voici une visualisation de la chapelle :

Un an plus tard, la révolte des paysans fut officiellement terminée au sortir de la Bataille de Frankenhausen. La chapelle de Mallerbach, elle, fut la victime innocente de la terreur et des manigances des divers réformateurs qui se disputaient la couronne de l’impiété tout en évoquant les Evangiles. Son crime : Rendre hommage à Marie, notre Reine.

